
L’IA n’hallucine pas par hasard — et les journalistes doivent le savoir
Un texte fluide, bien structuré, convaincant. Tout semble solide. Les phrases s’enchaînent, les arguments paraissent logiques… sauf qu’une citation n’existe pas, qu’un chiffre est inventé et qu’une étude mentionnée n’a jamais été publiée.
C’est le paradoxe des modèles d’intelligence artificielle générative : ils peuvent produire un contenu très crédible, sans garantie de vérité.
Ces erreurs portent un nom dans le domaine de l’IA : les hallucinations. Le terme est trompeur. Il ne s’agit pas d’un bug isolé mais d’une limite structurelle des modèles de langage. Les LLM ne vérifient pas les faits. Ils prédisent la suite la plus probable d’un texte à partir des données sur lesquelles ils ont été entraînés.
Autrement dit : l’IA écrit ce qui semble plausible, pas nécessairement ce qui est vrai.
Les exemples récents montrent que le problème est loin d’être théorique. En 2023, le site technologique CNET a dû corriger de nombreux articles générés avec une IA interne après la découverte d’erreurs factuelles. En 2024, un journaliste d’un petit journal américain a quitté son poste après avoir publié des articles contenant des citations inventées par un outil d’IA. Dans le domaine juridique, plusieurs avocats ont même été sanctionnés pour avoir utilisé des décisions de justice… générées de toutes pièces par ChatGPT.
Pour le journalisme, l’enjeu est évident : un texte crédible mais faux est potentiellement plus dangereux qu’une erreur visible.
Cela ne signifie pas qu’il faut rejeter ces outils. Les modèles de langage peuvent analyser des documents volumineux, résumer des rapports ou aider à structurer un article — des fonctions utiles dans une rédaction. Mais ils doivent être utilisés pour ce qu’ils sont : des assistants de production, pas des sources d’information.
La vraie compétence émergente n’est donc pas seulement l’usage de l’IA. C’est la capacité à la questionner correctement. Un prompt précis, qui demande des sources, qui impose des limites, qui pousse le modèle à expliciter ses incertitudes, réduit déjà une partie du risque.
Mais rien ne remplace le réflexe journalistique de base : vérifier.
À mesure que les machines produisent de plus en plus de contenu, la valeur du journalisme ne résidera pas dans la vitesse de rédaction. Elle reposera sur autre chose : la validation des faits, le contexte et l’esprit critique.
En clair : l’IA peut écrire.
Le journaliste, lui, doit continuer à prouver que c’est vrai.
